Un autoportrait de Vincent van Gogh? Quand la certitude est arrivée avant les gros titres

Peu d’artistes suscitent autant de passion, de projections et d’inquiétude savante que Vincent van Gogh. Ses peintures paraissent intimes, confessionnelles, presque autobiographiques, ce qui rend les questions d’authenticité particulièrement sensibles. Un Van Gogh n’est jamais seulement un Van Gogh. C’est un artefact psychologique, une relique du génie et un point de catalyseur de débats. Nulle part cela n’a été plus évident que dans la controverse de longue date entourant un Autoportrait conservé au Musée national de Norvège à Oslo.

En 2019, Art Recognition a été sollicité par l’un des principaux spécialistes de Van Gogh afin de réaliser une analyse par intelligence artificielle sur un groupe d’œuvres attribuées à Vincent van Gogh. Parmi elles figurait l’ Autoportraitd’Oslo, un tableau qui, depuis des années, troublait discrètement les spécialistes. Au moment de l’analyse, nous ignorions que des recherches parallèles sur l’authenticité du tableau étaient déjà en cours. Celles-ci allaient bientôt aboutir à une annonce publique majeure du musée Van Gogh au début de l’année 2020, provoquant une large couverture médiatique internationale et relançant le débat sur la manière dont la certitude s’établit en histoire de l’art.

Avant de pouvoir tirer la moindre conclusion, l’IA a d’abord dû « apprendre » Van Gogh. Ce processus n’a été ni rapide ni superficiel. Le système a été entraîné sur des centaines d’images de haute qualité issues du Catalogue raisonné de De la Faille, couvrant l’ensemble de la carrière de l’artiste. Afin d’affiner sa capacité de discrimination, l’ensemble de données comprenait également des exemples négatifs: des faux avérés, des imitations ainsi que des œuvres de suiveurs et de contemporains. Parmi celles-ci figuraient des peintures liées au tristement célèbre Otto Wacker, dont les falsifications avaient autrefois trompé d’importants collectionneurs et institutions. Il en a résulté l’un des modèles d’IA les plus densément entraînés et statistiquement les plus robustes jamais développés par Art Recognition, renforcé par la quantité et la qualité exceptionnelles des œuvres conservées de Van Gogh.

Lorsque l’ Autoportrait d’Oslo a été analysé, le résultat s’est révélé paraticulierèment concluant. L’IA a classé le tableau comme authentique avec une probabilité de 97 %. Il ne s’agissait ni d’un verdict isolé ni d’un résultat empreint d’ambiguïté. Il demeure à ce jour l’un des résultats les plus précis et les plus assurés jamais produits par le système. Dans un domaine habitué aux formules prudentes et aux notes de bas de page circonspectes, la clarté de ce constat s’est immédiatement distinguée.

Quelques semaines plus tard seulement, le musée Van Gogh a rendu publics les résultats de ses propres recherches approfondies, confirmant l’authenticité du tableau. La concordance entre les conclusions du musée et l’analyse par IA était frappante. Avec le recul, il y a une certaine ironie à constater que le résultat de l’IA est resté inédit à l’époque. S’il avait été publié plus tôt, il aurait précédé l’une des annonces d’attribution les plus médiatisées de la décennie. Quoi qu’il en soit, la convergence entre une recherche humaine indépendante et une analyse automatisée a offert quelque chose de plus précieux que la nouveauté: une confirmation croisée.

Ce cas illustre le rôle que l’IA peut jouer lorsqu’elle est employée à son meilleur niveau. Elle ne remplace ni les conservateurs, ni les restaurateurs, ni les connaisseurs. Elle arrive plus tôt, discrètement, et sans pression institutionnelle. Lorsque ses conclusions s’accordent ensuite avec celles de la recherche traditionnelle, il ne s’agit pas de redondance, mais de renforcement. Dans le cas de l’ Autoportraitd’Oslo de Van Gogh, l’IA n’a pas couru après les gros titres. Elle est simplement arrivée la première.

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